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Tout a commencé avec “Maïdan”
Vous avez forcément déjà entendu la phrase suivante : “Tout a commencé avec Maïdan”. En général, la suite est à la fois poignante et inspirante. Et puis il y a la surprise, beaucoup de hochements de tête au rythme de chaque mot. Il y aura de la compréhension, des questions, des yeux écarquillés et une attention totale portée à la conversation. Tels sont les « paramètres par défaut » pour de nombreux Ukrainiens. Aujourd’hui, quel que soit notre lecteur, j’espère que cet entretien avec Diana Dols vous intéressera.
Diana Dols est directrice des opérations de l’organisation à but non lucratif française Aide Médicale et Caritative France-Ukraine (AMCFU).

Fondée en 2014, l’AMCFU a pour mission d’apporter une aide médicale et humanitaire vitale aux civils ukrainiens sinistrés afin de soulager leurs souffrances dans un contexte de guerre. Organisation apolitique, laïque et à but non lucratif, l’AMCFU se distingue par son attachement aux principes universels d’humanité, d’impartialité et de neutralité.
Diana vit en France depuis 2006. Ingénieure de formation, elle dirigeait le service des achats d’une grande entreprise française. En 2014, lorsque la guerre de la Russie contre l’Ukraine a commencée, elle s’est mise à faire du bénévolat en envoyant de petits colis humanitaires en Ukraine. De cette volonté d’aider les Ukrainiens est née une association qui deviendra par la suite l’une des plus importantes de France en termes d’aide apportée à l’Ukraine. À l’époque, les membres de la diaspora qui se sont engagés dans le bénévolat sont également devenus ceux qui faisaient connaître l’Ukraine ici, en Europe. « C’est très important », souligne Diana.
Souriante, elle explique que grâce à sa formation technique et à son expérience professionnelle, elle est partisane d’un bénévolat constructif. « Le simple élan du cœur ne suffit pas pour apporter une aide qualifiée. C’est précisément cette approche rationnelle qui a fait de l’AMCFU l’association qu’elle est aujourd’hui. Les petits projets peuvent nécessiter bien plus de ressources que les grands projets bien planifiés et chiffrés. C’est pourquoi la hiérarchisation des priorités et l’approche rationnelle sont primordiales », explique Diana.

L’Est : une histoire clé
Les violents combats qui se sont déroulés à Ilovaisk en 2014 ont entraîné de lourdes pertes parmi les militaires ukrainiens. Les blessés ont été transportés à l’hôpital de Dnipro, devenu une plaque tournante de leur prise en charge. Diana se souvient de cet épisode comme d’un moment clé dans le développement de l’initiative bénévole. « Nous n’avions pas encore l’expérience de l’envoi de gros camions d’aide humanitaire, mais nous avions déjà envie d’en faire plus, de ne pas nous limiter à de petits colis », se souvient-elle. C’est ainsi que Diana est devenue la coordinatrice des envois d’aide depuis le Poitou-Charentes (ancienne région française, qui fait désormais partie de la région Nouvelle-Aquitaine), vers l’Ukraine, puis coordinatrice des expéditions dans toute la France et vice-présidente de l’association. À cette époque, l’association a commencé l’envoi d’aide médicale et à apporter un soutien aux soins et à la rééducation des Ukrainiens victimes de la guerre, en France. Jusqu’en 2022, l’AMCFU s’est concentrée sur le soutien au système médical ukrainien et sur l’aide aux personnes touchées par le conflit.
Grâce à cette initiative d’aide et de soutien, Diana a découvert l’Ukraine du bénévolat, a fait la connaissance de nombreuses personnes et a parcouru toute la ligne de front, de Marioupol à Stanytsia-Luhanska ainsi que la plupart des régions ukrainiennes. En effet, elle a été témoin du développement de la médecine militaire, de la mise en place et de l’amélioration des soins dispensés dans les hôpitaux mobiles des régions de Donetsk et de Louhansk, d’un changement d’attitude envers les patients, notamment les personnes atteintes de troubles mentaux, ainsi que de la modernisation des hôpitaux, et elle a participé à ces processus importants.
«Il se trouve que je vivais déjà ici, en France, que je travaillais, mais c’est précisément grâce au bénévolat que j’ai accompagné le processus de réformes aux côtés de l’Ukraine. C’est passionnant, et j’étais sincèrement heureuse lorsque des changements majeurs se produisaient dans le pays, comme, par exemple, la réforme du système de santé», raconte Diana.
Parmi les projets de l’époque, il y avait aussi des initiatives éducatives : des spectacles et des concerts pour les enfants dans les villes proches de la ligne de front. Les dernières animations itinérantes pour les enfants ont été organisées en partenariat avec le théâtre de Tchernihiv. À l’époque, en décembre 2021, ils ont réussi à organiser une cinquantaine de spectacles pour enfants à l’occasion de la fête de Saint-Nicolas dans différentes localités proches de la ligne de front.


Ceux qui croient très fort
Entre la création de l’organisation en 2014 et 2022, il n’y avait pas beaucoup de fonds pour les activités opérationnelles, tout reposait sur le bénévolat. Cette période se distinguait de ce qui s’est passé après 2022. Les dons provenaient de plusieurs hôpitaux français, de maisons de retraite gériatriques et de plusieurs entreprises. Les conseils municipaux ukrainiens et les entreprises ont contribué au financement du transport de l’aide.
En France, le travail quotidien dépendait des bénévoles, qui couvraient eux-mêmes leurs frais.
«C’était l’époque où tout reposait sur ces quelques “fous” de France et d’Ukraine qui se donnaient corps et âme à cette cause», se souvient Diana.

En 2022, après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, il a fallu s’adapter rapidement, car des projets d’envergure avaient démarré et les Français manifestaient un vif intérêt pour l’Ukraine et une forte volonté d’aider. Il était alors temps de réorganiser les activités de l’organisation. On a commencé à envoyer en Ukraine de gros camions chargés d’aide ciblée. La difficulté résidait également dans le fait qu’il y avait un besoin constant de personnel et qu’il était devenu impossible de compter uniquement sur des bénévoles. Actuellement, trois personnes travaillent à plein temps au sein de l’association, mais il est prévu d’agrandir l’équipe.

«La plupart de nos envois sont des dons que nous récupérons directement auprès de nos partenaires à l’aide de camions. Parfois, les marchandises transitent également par l’entrepôt de l’AMCFU. Dans ce cas, 10 à 20 bénévoles viennent tout de même aider au chargement. C’est une sorte de rappel de la façon dont tout a commencé», explique Diana avec un léger sourire.
Actuellement, l’AMCFU envoie en Ukraine des ambulances, des générateurs pour les hôpitaux, du matériel médical et des médicaments. L’organisation encourage et facilite également l’échange de connaissances et de pratiques entre les médecins français et ukrainiens. « Le travail de l’association se déroule toujours à un rythme effréné, car les tâches et les besoins sont nombreux, tandis que les forces et les ressources humaines ne suffisent pas toujours à tout », explique Diana.
Rien qu’en 2025, grâce aux fonds collectés et à l’aide de ses partenaires, l’AMCFU a mis en œuvre une série de projets importants:
- Livraison de 31 convois humanitaires d’une valeur totale de plus de 12 millions d’euros.
- Elle a fourni 2 nouvelles ambulances entièrement équipées, 26 ambulances d’occasion, 1 véhicule de transport de personnes à mobilité réduite et 1 camion frigorifique.
- L’association a fourni le nécessaire à près de 100 hôpitaux, établissements de santé et d’enseignement.
- L’association a organisé une formation franco-ukrainienne sur la thrombectomie, qui a réuni 12 médecins (dont 4 à distance) issus de cliniques universitaires françaises, 10 experts ukrainiens et 34 jeunes médecins et internes venus de toute l’Ukraine.
- L’association a apporté son soutien à l’organisation du premier sommet international sur la somnothérapie et le psychotraumatisme.

Alors que l’AMCFU se prépare à organiser une nouvelle formation en 2026, Diana raconte comment, l’année dernière, 8 neuroradiologues français ont accepté, à titre bénévole, de se rendre en Ukraine pour partager leur expérience avec leurs collègues ukrainiens.

«C’est très émouvant, car ils ont un travail intense à l’hôpital, et le soir, nous élaborions tous ensemble le programme de l’école. Chacun avait ses propres convictions concernant ce voyage. L’un d’entre eux m’a confié que son activité professionnelle perdait tout son sens s’il ne participait pas à de tels projets caritatifs», explique Diana. L’organisation de cette formation en Ukraine a été une source d’inspiration pour ceux qui ne croyaient pas qu’un tel format d’échange d’expérience était possible.
Motivation
La mère de Diana était radiologue, mais elle est décédée prématurément des suites d’une maladie. Un cancer a été diagnostiqué chez cette femme et chez ses collègues. « Je pense que cette envie d’aider à réformer et à moderniser la prestation de soins médicaux et les conditions de travail des médecins en Ukraine est en mémoire de ma mère », confie Diana.
Sa motivation personnelle, quant à elle, est de voir les résultats concrets de son travail. C’est aussi un sentiment d’injustice qui l’a poussée à mener à bien cette mission si complexe, car la terrible Seconde Guerre mondiale n’est pas si lointaine, et pourtant, nous assistons à nouveau à des bombardements en Ukraine.

Selon Diana, les bénévoles sont également motivés par la manière dont leurs actions individuelles influencent le résultat global.
«Il faut impliquer les gens dans l’ensemble du processus, et pas seulement dans une tâche bien définie. Un bénévole ne se contente pas de charger des cartons, il doit aussi voir où va ce camion et les personnes qui reçoivent cette aide», affirme Diana.
Parmi les bénévoles de l’organisation, on trouve des Ukrainiens qui souhaitent rester en lien avec leur pays et lui apporter leur aide. Des Français qui possèdent une certaine expérience professionnelle et peuvent assumer des fonctions spécifiques au sein de l’association, par exemple aider à la communication. Il y a aussi des donateurs prêts à donner un coup de main de temps en temps pour le chargement ou le transport. Au dépôt, le travail n’est pas facile : il faut charger et décharger de gros volumes d’aide. Pour cela, il y a une nécessité constante de main-d’œuvre. Sans se faire d’illusions, Diana explique que cela peut parfois être compliqué, car tout le monde est différent et qu’il n’est pas toujours possible de mettre en place immédiatement un travail efficace.
En général, les bénévoles des organisations humanitaires sont des retraités, car ils disposent de plus de temps libre. Cependant, l’AMCFU compte des bénévoles de tous âges : il y a beaucoup de jeunes et de personnes actives. Bien que la plupart aient un emploi du temps chargé, tous trouvent le temps d’assumer leurs tâches bénévoles.

Partenariat
L’AMCFU compte parmi ses partenaires de choix des organisations avec lesquelles elle mène des projets humanitaires de grande envergure. Parmi eux, on trouve la société ukrainienne SANAGRO Ukraine, l’association Tulipe, VYV Ambulance et d’autres. Parallèlement, le soutien de la population est extrêmement important. Si l’on ne tient pas compte du pic de soutien enregistré au début de l’invasion à grande échelle, le nombre total de dons de particuliers a même augmenté au cours de la dernière période.
«Nous avions peur que la guerre en Ukraine tombe dans l’oubli. Mais je ne cesse d’être impressionnée par le fait que les Français continuent de faire des dons pour soutenir les Ukrainiens sur le plan humanitaire», explique Diana.
Dans un avenir proche, l’AMCFU prévoit également de travailler sur des projets de purification de l’eau. Elle est actuellement à la recherche de partenaires et de financements.
L’essentiel
Diana, comme tous les Ukrainiens, rêve que la guerre cesse. Elle travaillera alors avec son association de développement et de reconstruction de l’Ukraine. Elle souhaite entendre les remerciements de ceux qu’elle aide aujourd’hui et, symboliquement, entendre qu’ils n’ont plus besoin d’aide humanitaire. Cela signifiera que les gens sont en sécurité, que les institutions fonctionnent et que tout va bien en Ukraine.
«Mon souhait n’est pas d’atteindre un nouveau niveau de travail pour notre association, mais que notre aide ne soit plus nécessaire pour l’Ukraine», conclut Diana.

Pour en savoir plus et soutenir les initiatives de l’AMCFU, rendez-vous sur le site de l’organisation : https://amcfu.org/
Avril 2026, Lyubov Smachylo
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